Parfois des hommes et des femmes mènent des combats si grands qu’on ne peut mesurer l’ampleur de la bataille, des enjeux et des dangers encourus. On se dit qu’ils ont raison, mais qu’ils ne parviendront jamais à vaincre leur adversaire, aussi grande soit leur cause, aussi forte soit leur volonté. « Mais comment faire ? », « C’est un combat vain ! ».

Parmi tous ces combats, ceux concernant l’environnement ont une saveur particulièrement âcre. Car il ne s’agit pas seulement de ressources financières, de volonté politique et de recherche scientifique, ce qui représente déjà de sacrées barrières. On parle aussi de modèle de développement basé sur la croissance, de culte de la consommation, d’interdépendances entre tous les parties prenantes : compagnies, gouvernements, institutions internationales, consommateurs. Pourtant la déforestation massive, l’extinction d’espèces menacées, le changement climatique lié à la hausse continue des émissions de gaz à effet de serre, la fonte des glaces sont des menaces majeures pour la vie sur Terre.

Les défaites s’accumulent car nul homme ne peut vaincre seul, et tous les gouvernements du monde réunis sont, reconnaissons-le, rarement efficaces, à force de concessions, diplomatie et lobbying.

Alors, chaque avancée peut devenir une petite victoire, pour donner de l’espoir à tous ceux qui luttent pour un monde meilleur. Paul Watson fait partie de ceux-là. Depuis 30 ans, il affronte ceux qui vident les océans de leur diversité, la banquise des bébés phoques, et l’Antarctique de ses baleines. Avec son association Sea Shepherd et son navire le Steve Irwin, il sappe, durant toute la saison de la pêche à la baleine, l’activité des navires illégaux de pavillon japonais, islandais ou norvégien. Il les attaque à coup de peinture ou de beurre pourri, faisant face à des canons à eau, des ultrasons pour perturber les sens de l’équilibre, et même des tirs à balles réelles. Pour sauver les baleines, mais ça vous le savez déjà, nous en avions parlé il y a quelques temps.

Le 5 mai, l’Union Européenne a fermé ses portes au commerce de produits dérivés de la chasse aux phoques au Canada. Une bien bonne chose : 900 000 phoques sont tués chaque année dans des conditions horribles, soi-disant pour lutter contre l’extinction des poissons… Mieux encore, le 13 avril dernier, une dépêche AFP est tombée. Le titre était Baleines: mauvaise pêche japonaise cette année à cause des écologistes.

L’article précise qu’après une campagne de cinq mois, les baleiniers ont ramené en tout 679 petits rorquals et un seul rorqual commun, nettement en-dessous de la fourchette de 765 à 935 cétacés escomptés au départ. « C’est en grande partie à cause du harcèlement de Sea Shepherd », a expliqué Shigeki Takaya, un responsable de la pêche à la baleine de l’agence des pêches japonaise.

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Certes, encore plus de 650 baleines ont été tuées cette année. C’est incontestablement une terrible défaite : un moratoire interdit cette pêche depuis 1986 mais aucune force politique, aucun Etat ne force les pays récalcitrants à cesser ces pratiques barbares. Seul Paul Watson et son équipage bénévole s’opposent concrètement à la pèche baleinière industrielle.

Mais c’est surtout un message d’espoir. Plusieurs centaines de baleines ont été sauvées par ces actions coup de poing. Et surtout, Paul Watson ne lâchera rien.Au moment de quitter l’Antarctique en février après plusieurs semaines de chassé croisé avec les baleiniers, le capitaine du Steve Irwin a promis de faire vivre aux pêcheurs « un cauchemar chaque année, jusqu’à ce qu’ils arrêtent ce massacre horrible et injuste des grands cétacés du sanctuaire des baleines de l’Océan Antarctique ».

Putain, qu’est-ce qu’on attend pour se battre à notre tour ?

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