Comment tenter de faire passer un coup d’Etat en « transition démocratique » ? C’est la réussite d’un jeune maire très ambitieux, qui, vexé de la fermeture un peu brutale de sa chaîne de télévision en décembre dernier, fédère autour de lui quelques milliers de manifestants et parvient à renverser le pouvoir en à peine trois mois. Dépassé par les événements en janvier, lui-même étonné de sa réussite, il se retrouve propulsé à la tête de la Haute Autorité de Transition, chargée de gouverner le pays jusqu’au prochaines élections.

Et si la démocratie n’était qu’un vague concept à Madagascar ? C’est en tout cas le sentiment de pas mal de pays voisins, qui laissent entendre que Rajoelina OK, mais derrière les platines seulement.

"Que tous ceux qui sont dans la vibe lèvent le doigt !"

"Que tous ceux qui sont dans la vibe lèvent le doigt !"

Résumé des épisodes précédents. D’abord, ça fritte entre M. Ravalomanana et M. Rajoelina (le jeune maire très ambitieux, surnommé TGV), pour une histoire d’ego travesti en extinction de la liberté d’expression : le Président ferme – un peu unilatéralement c’est bien vrai – la chaîne TV dont le maire de Tana est propriétaire. TGV, soutenu par des milliers de manifestants, réclame la démission de Ravalomanana et Madagascar aux malgaches nom de nom. Résultats : pillages et émeutes.

Ce qui était observé de loin par la communauté internationale devient un poil inquiétant, surtout que la situation devient confuse : TGV s’autoproclame Président, et le Président destitue le maire… Les partisans de Raloelina tentent d’occuper les Ministères et de mettre en place un gouvernement de transition, sans succès. Le 7 février, M. Ravalomanana part complètement en live. Lors d’une manifestation devant le palais présidentiel, il ordonne à l’armée de tirer sur la foule sans sommations. Carnage.

Cet événement tragique causera sa perte, car il se discrédite vis-à-vis de la communauté internationale, et il se met l’armée à dos. Pourtant réputée loyale, celle-ci se retourne contre lui la semaine dernière. Acculé, M. Ravalomanana doit dimanche 16 mars concéder la gouvernance du pays à l’armée, qui dans la foulée confie à Rajoelina les clés du pouvoir.

C’est l’Histoire qui tirera le bilan de l’exercice du désormais ex-Président, au pouvoir depuis 2002. Mais on peut tout de même s’interroger sur la fragile démocratie malgache, où la rue peut prendre le pouvoir en quelques semaines. Même si plusieurs grandes villes du pays ont été sous couvre-feu, les manifestations (et les incidents) sont restées surtout concentrées à Antananarivo, et ce week-end les partisans de Rajoelina n’ont pas été supérieurs à 3 000.

Aussi bien l’Union Africaine que les Etats-Unis, parmi d’autres, se sont déclarés inquiets et affligés. Il semblerait par ailleurs que la transition administrative Ravalomanana – Rajoelina se déroule assez anarchiquement dans les régions, comme le relaie La gazette de la Grande Île… L’autorité de « transition » (de 2 ans tout de même) se met très doucement en place, au risque de fragiliser encore plus l’économie du pays.

DJ, maintenant envoie du lourd pour faire repartir l’ambiance !

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