poznan_2008_unfccc_logoDans une quasi-indifférence générale se déroule depuis le 1er décembre la COP 14, la conférence-cadre annuelle des Nations-Unies pour la lutte contre le changement climatique (UNFCCC). Pourtant, c’est une étape décisive dans l’élaboration d’un accord final qui sera défini en décembre 2009 à Copenhague, et qui succèdera au Protocole de Kyoto en vigueur jusqu’en 2012. Les gouvernements négocient à Poznan une ligne de politique claire qui déterminera quels leviers d’actions et quelle ambition pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et limiter au maximum la hausse générale des températures.

La conférence de Poznan se termine ce soir. L’obtention d’un accord le plus ambitieux possible est crucial. Que doit-on en attendre ?

Rapidement,contexte général

Actuellement, on estime qu’il faut contenir la hausse des températures en-dessous de 2°C pour éviter une extinction brutale de la biodiversité à cause de la rapidité du changement, et des phénomènes climatiques qui rendraient l’homme spectateur du dérèglement climatique. al_gore_an_inconvenient_truth_co2_slidePour cela, il faut absolument réduire les émissions de GES : le niveau actuel du CO2 dans l’atmosphère est de 383 parties par millions (ppm), soit au-dessus d’un « seuil de sécurité » estimé par le GIEC à 350 ppm. Sans réduction drastique des émissions de GES, les scientifiques estiment que la concentration de CO2 dans l’atmosphère pourrait augmenter jusqu’à 550 ou 600 ppm.

On estime aujourd’hui que la Terre peut absorber 1,8 tonne équivalent CO2 par habitant et par an (source : Manicore), grâce au rôle de puit de carbone des océans et de la biomasse. Or aujourd’hui les émissions de GES moyennes d’un français sont de 8,8 t CO2e (source : MIES) ! Il faut donc réduire considérablement ses propres émissions et consommer responsable (ça me rappelle la présentation « Consommer responsable et réduire ses émissions de CO2 » donnée à l’occasion du salon Marjolaine).

Négocier pour mieux sauter (dans le vide)

L’objectif, à Poznan, est de poser les bases de l’accord qui sera validé à Copenhague dans un an.

Au mieux, un objectif chiffré (et élevé) de réduction des émissions de gaz à effet de serre en 2020, d’au moins 20%. Mais également un engagement ferme des pays développés et des pays nouvellement développés et fortement pollueurs, une forte amélioration de l’efficacité énergétique, et une aide à la préparation au changement pour les pays qui seront les plus touchés par la hausse des températures (Afrique, pays insulaires notamment).

Au pire, une déclaration d’intention sans objectifs chiffrés, et pas d’accord parallèle sur le paquet énergie-climat de l’Union Européenne.

Tout le monde commence un peu à flipper, parce que depuis 10 jours aucun pays n’avance franchement ses pions sur le sujet. On attend un leader que ne sont ni les Etats-Unis encore sous gouvernance Bush, ni l’Europe empêtrée dans des doubles négociations (Poznan + UE). Durant une courte période à Bali en 2007, on a rêvé d’un monde meilleur quand un objectif de réduction d’émissions de GES de 25 à 40% en 2020 par rapport à 1990 était inscrit aux compte-rendus de séance (avant d’être viré par les Etats-Unis). On en est bien loin…

Ceux qui mesurent l’ampleur du changement climatique

Tout le monde est OK sur le principe, mais en contexte de crise financière, aucun gouvernement n’ose s’engager résolument. Depuis hier jeudi, les ministres de l’environnement sont arrivés à Poznan pour la fin des négociations, ce soir. Tous les grands pontes de l’ONU y vont de leur discours de relance pour booster les négociations.

c'est la MERDE !"
« Je vous le dis : c’est la MERDE ! »

Yvo de Boer, secrétaire général de l’UNFCCC, commence : « Ici à Poznan, à un an de Copenhague, nous avons besoin d’entendre, de sentir et de voir votre détermination à atteindre l’objectif que vous vous êtes fixé à Bali. […] Quand vous avez adopté la feuille de route de Bali, vous vous êtes mis d’accord sur une échéance en 2009. A douze mois de Copenhague, vous devez donner au processus une ligne politique claire » (source : AFP).

Hier, c’est le Secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki-moon, pose le postulat qu’« il n’y a pas ban_ki-moon_climat_poznan_onude retour en arrière possible sur les engagements qui ont été pris sur le carbone. Il faut en finir avec le blocage : à qui la faute, qui doit commencer ». Et de carrément se lâcher : « Lançons une nouvelle révolution copernicienne, une révolution de la pensée, une révolution en action » (source : UN.org).

J’ai eu la chance de me rendre à la COP 14 dans le cadre mon travail, et j’ai pu assister à certaines négociations, rencontrer des membres des délégations. Mon constat : même les négociateurs sont profondément inquiets. Il faut vraiment espérer que les négociations aboutissent ce soir ou cette nuit, et ça a de fortes chances d’être insuffisant pour éviter une hausse forte des températures globales. Si on se foire…

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