2008-06-27t114258z_01_nootr_rtridsp_2_ofrtp-petrole-brut-20080627A l’aune d’un changement de conjoncture financière, les investisseurs se tournent toujours vers des valeurs refuges : métaux précieux et non précieux, denrées alimentaires, énergie. En juillet dernier, juste avant le début de « la-crise », toutes ces valeurs ont fait l’objet d’une très forte spéculation à la hausse, atteignant pour certaines de valeurs historiques : la baril de pétrole est monté jusqu’à 147 dollars à Londres et à New-York le 11 juillet. 4 mois plus tard, tout est retombé. Jusqu’à quand ?

Le 11 novembre, le baril de brut clôturait autour de 55 dollars, soit son plus prix le plus bas depuis janvier 2007 (source AFP). Vendredi 21, c’est en-dessous de 50 dollars qu’il se négociait. Son prix est donc tombé de plus de 60% en 4 mois, dans un contexte général et structurel de hausse du coût des énergies fossiles. Pourquoi ? Les voix qui justifiaient sa hausse cet été sont les mêmes que celles qui soufflent le contraire aujourd’hui.

Les prix augmentent, tout s’explique

D’un côté, un monde qui se développe à toute vitesse et qui a besoin d’énergie pour croître, notamment à cause de la demande toujours plus forte des pays en développement. De l’autre, un épuisement inéluctables des ressources en énergie fossile, ie pétrole, gaz et charbon, qui fournit presque 80% de l’énergie mondiale (source : Agence Internationale de l’Energie, 6 novembre 2008). La plupart des spécialistes reconnaissent que le peak oil est dépassé : ceci signifie que la découverte de nouveaux gisements ne suffira plus à satisfaire la demande supplémentaire, et que les cadences d’extraction et de consommation d’énergie sont totalement insoutenables ! Après avoir terminé d’épuiser des ressources non renouvelables de la planète, l’Homme réfléchira sur son mode de consommation.

En attendant, ces tensions entre une demande croissante et une offre qui n’est plus extensible explique logiquement la hausse du coût du pétrole. On l’imaginait structurelle, avec un coût du baril qui monterait jusqu’à 200, puis 300 dollars ! Des réductions d’énergies majeures et le -vrai- développement des énergies renouvelables, et un monde qui vit mieux avec moins… Mais non, l’Apocalypse pétrolifère attendra.

Les prix s’effondrent, tout s’explique

Depuis, « la-crise » est passée par là et le coût de l’énergie est tombé. Crise de confiance, perspectives de croissance plus faibles, diminution de la demande et donc de la consommation d’énergie… Ajoutons un raffermissement du dollar, des déclarations de l’OPEP, des milliards et des milliards de spéculation, et hop, -60%.

Ce n’est qu’avec une contrainte économique forte que les investissements majeurs nécessaires pour le développement des énergies renouvelables, et plus globalement pour une économie plus sobre en carbone, seront réalisés. Tant que le baril de brut ne s’installera pas durablement à 120-180 dollars le baril, les changements technologiques n’auront pas lieu. Car le coût de substitution de technologie (développer de manière intensive les énergies renouvelables) reste trop élevé avec un baril à moins de 100 dollars.

L’économie financière a de vrais impacts sur l’économie réelle. Les variations du cours du brut également, et pas seulement le prix de l’essence ou le taux d’équipement en photovoltaïque. De manière bien plus urgente, le prix des céréales varie avec la même amplitude…

Quand la spéculation fait crever les pauvres

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La spéculation a également porté sur les denrées alimentaires : riz, maïs et l’ensemble des céréales ont vu leur prix augmenter de plus de 200%, avec des variations quotidiennes très fortes. Haïti, Philippines, Mexique, Egypte, Afghanistan, Bengladesh, Indonésie, Sénégal (liste non exhaustive) ont connu des émeutes liées à la flambée des prix des biens alimentaires. La FAO a dressé des pays les plus touchés par la crise alimentaire :

  • Burundi, Centrafrique, Côte d’Ivoire, Erythrée, Ethiopie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Kenya, Lesotho, Liberia, Mauritanie,Ouganda, République démocratique du Congo, République du Congo,Sierra Leone, Somalie, Soudan, Swaziland, Tchad et Zimbabwe,
  • Afghanistan, Bangladesh, Corée du Nord, Indonésie, Irak, Népal, Pakistan, Sri Lanka et Timor-Oriental
  • Bolivie, Haïti, Nicaragua et République dominicaine
  • Moldavie et Tchétchénie

Le lien avec le prix du pétrole ? Quand le baril de brut est élevé, les céréales deviennent un substitut intéressant pour la production d’énergie. C’est nouveau marché : le soja devient soit un bien de première nécessité, soit du biodiesel. On parvient à une impasse du capitalisme de marché : on peut transformer de la nourriture en énergie au détriment des populations les plus pauvres, incapable de se défendre contre les mécanismes de marché. Un rapport -non publié-de la Banque Mondiale a estimé que les agrocarburants sont responsables d’une hausse de 75% des denrées alimentaires !

Aujourd’hui, la baisse du prix du baril a entraîné une baisse des coûts des céréales, mais les menaces de crise alimentaire sont toujours présentes…

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